J.Doly sur "Histoire de la folie à l'âge classique"

Autour d’un livre : Michel Foucault, Histoire de le folie à l’âge classique.

Jacques Doly, mardi 16 janvier 2018 à Clermont, Centre Jean-Richepin de 18h30 à 20H30

 

 

                Sous le titre Folie et Déraison. Histoire de la folie à l’âge classique, Michel Foucault publie en 1961 sa thèse de doctorat. Ce livre est une histoire des représentations et de la compréhension de la folie dans la culture européenne, de la fin du Moyen-âge jusqu’au début du XXème siècle. Mais, au-delà de la richesse des témoignages historiques qui sont cités et analysés, ce premier grand ouvrage de Michel Foucault est beaucoup plus qu’un livre d’histoire. C’est de plein droit une œuvre philosophique majeure de telle sorte que son auteur est devenu le philosophe et l’intellectuel critique sans doute le plus novateur et le plus influent de sa génération. Pourquoi ? Ce qui se présente comme une histoire de la folie est en vérité une confrontation entre la raison et la folie et la thèse qui structure tout le livre est paradoxale et scandaleuse. En effet ce qui semble aller de soi est que la transformation de la folie en maladie mentale témoigne de la prise en charge de l’expérience de la déraison par une rationalité médicale, un savoir qui se justifie par sa positivité et son pouvoir thérapeutique. Or pour Michel Foucault il n’en est rien et c’est strictement le contraire qui est vrai. La raison classique et moderne s’est constituée et affirmée à partir d’une exclusion de la folie, rejetée dans le pur négatif d’un espace de la non-raison ou déraison. Cette affirmation s’est exprimée par l’enfermement de la folie dans cet espace tout à la fois symbolique, culturel, matériel, où elle se retrouve privée de tout langage. Une telle dénégation de la folie trace les limites de la raison, d’un savoir qui se constitue originellement par un pouvoir, un acte violent  de domination et d’exclusion.

            Au cœur de la rationalité classique et moderne une part d’ombre et de nuit gît dans un silence qui n’est rompu que de temps à autre dans des œuvres où peut surgir ce qui excède les normes de la rationalité et désigne son point aveugle. Pascal pouvait encore écrire dans les Pensées en écho aux éloges de la folie de la Renaissance, « Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie , de n’être pas fou ». Même la critique de la folie n’échappe pas à sa proximité avec ce qu’elle critique.

Centre Jean Richepin

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