Quid de l'engouement pour la méditation ?

De quoi l’engouement contemporain pour la méditation,surtout lorsqu’elle se réclame du bouddhisme, est-il le symptôme ?"

 La méditation est à l’ordre du jour. Un des signes de cet engouement est la présence de rayons et de présentoirs consacrés à cette pratique chez les « marchands de livres » et même chez les libraires. Le thème de la méditation fait la couverture des magazines. On fait référence aux personnes célèbres, acteurs, dirigeants d’entreprises, notamment de la Silicon Valley, qui pratiquent la méditation ou qui la font pratiquer à leurs cadres. Le terme est associé le plus souvent à une tradition orientale, ou supposée telle, le plus souvent celle du bouddhisme.

Mais si cet engouement pour la méditation ne renvoie pas à la tradition occidentale, chrétienne ou philosophique, de la méditation, cela ne veut pas dire pour autant que la philosophie serait l’objet d’un dédain, d’un désintérêt. Au contraire on assiste à une sorte de « revival » de la philosophie, mais à une condition :

- qu’elle soit présentée comme « manière de vivre ». Cette présentation se manifeste par la mise en avant de philosophes supposés incarner le mieux cette position : Socrate, Epicure, les stoïciens, Montaigne, Thoreau, Nietzsche, Wittgenstein… Présentation qui admet des variantes : on parlera d’ « exercices spirituels » avec Pierre Hadot, de « techniques de soi » avec Michel Foucault.

  Dans tous les cas, il s’agit d’opposer cette conception de la philosophie à une autre qui sera alors décrite sur le mode dépréciatif, en termes de « théorie », de « système », bien entendu « dogmatique ». On opposera la philosophie comme « exercice » à la philosophie comme « œuvre » notamment livresque.

  Pour résumer, le point de départ :

  • Un engouement contemporain pour la méditation à condition qu’elle soit d’inspiration orientale, de préférence bouddhiste. Et corrélativement un désintérêt pour la tradition occidentale de la méditation, comme si l’Orient avait le monopole de la méditation.
  • Un engouement contemporain pour la philosophie à condition qu’elle soit présentée comme « manière de vivre ». Et corrélativement la dépréciation de la dimension théorique, notamment sous sa forme scolaire et universitaire, de la philosophie.

C’est de ce double constat que l’on part et dont on va se demander de quoi il est le symptôme, le signe.

  L’ exposé sera une tentative pour étayer l’hypothèse suivante :

  Ces deux formes d’engouement sont liées et elles ne s’expliquent pas seulement par la présence d’une offre éditoriale. Cette explication « économique », en termes de « produits » mis sur le marché des livres  est sans doute pertinente mais incomplète. L’offre ne suffit pas à créer une demande, et c’est de cette demande qu’il faut rendre compte.

L’offre n’est pas l’explication mais ce qu’il faut expliquer.

On proposera un début d’explication.