Philosophie de la laïcité

Pourquoi une philosophie de la laïcité ?

La laïcité de la République française est un principe affirmé dans l'article premier de la Constitution de la quatrième République et réaffirmé dans celle de la cinquième. Le concept de laïcité institue dans le régime républicain un mode d’organisation de la coexistence des libertés dont jouissent les citoyens. Or, depuis les années 1990, la laïcité est mise en question et devient l'objet d'un débat politique, pour ne pas dire politicien, dans lequel s'affirment des positions contradictoires et même hostiles. Comment a-t-on pu en arriver là ? Une analyse philosophique de la source de ces contradictions et de la nature éminemment politique du principe de laïcité doit permettre de lui rendre toute l'étendue de son sens, sa clarté, ainsi que sa fécondité autant dans l'institution de la république que dans l'exercice de la démocratie.

 

 

 Ecouter la séance : 2017-12-05

 

Commentaires (3)

1. Jean-Luc Lupoda 04/01/2018

Pour connaître un peu les écrits et dires de Jean Bauberot (dont, par exemple, Aux Amis du temps des Cerises à Clermont-Ferrand, en janvier 2016), je suis convaincu qu’il serait pleinement d’accord (comme je le suis moi-même au demeurant) avec la totalité des principes énoncés par Jacques Doly ce 5 décembre et rappelés dans sa réponse ci-dessous.
Si, comme il le dit, il y a un « désaccord fondamental » sur les principes avec Bauberot peut-être est-ce au niveau de leur application qu’il faut le chercher ? Par exemple dans la façon d’analyser les évolutions contemporaines des sphères publiques et privées, ou dans les choix d’équilibre entre les libertés individuelles et l’égalité, dans la recherche de solutions concrètes –comme le fait l’observatoire de la laïcité de JL Bianco- propres à favoriser un « vivre ensemble » conforme à ces principes fondamentaux de laïcité.

En ce sens, l’analyse de l’histoire de la loi de 1905 me parait intéressante : par exemple, pour Jaures, il s’agissait de régler rapidement les conflits entre l’Eglise catholique et la République de façon à passer à ce qui lui importait davantage : la question sociale. Autre exemple, contre Allard et Combes, Briand et Jaures, au terme de trois mois de débat à l’Assemblée, sont parvenus à faire voter une loi qui est aussi une loi de liberté, parfois même avec des dispositions surprenantes : l’instauration du jeudi « libre » de façon à permettre aux enfants de pouvoir, le cas échéant, assister au catéchisme ou le refus d’interdire aux élus du peuple de porter des vêtements religieux dans l’enceinte des Assemblées…

2. Le conférencier25/12/2017) 25/12/2017

Le problème est que ces principes ne sont pas partagés. Je laisse de coté Pleynel et Valls pour ne pas perdre mon temps avec des médiocrités politiciennes et médiatiques. En revanche Caroline Fourest et surtout Catherine Kintzler qui est la seule à faire une analyse philosophique rigoureuse du concept de laïcité, sont en désaccord fondamental avec Baubérot et sans doute aussi avec Bianco dès lors que l'un comme l'autre sont favorables à une laïcité adjectivée, une laïcité ouverte, tolérante etc...Derrière ce vocabulaire moralisateur se dissimule une dérive qui consiste à légitimer l'introduction de la diversité des positions religieuses dans l'espace de la puissance publique, celui des citoyens lorsqu'ils instituent les lois auxquelles ils obéissent dans le cadre des institutions où s'exerce l'autorité de l'État. Il s'agit donc clairement de faire en sorte que tout ce qui concerne les croyances et la foi soit légitimé à l'intérieur de l'exercice du pouvoir politique, par conséquent que l'irrationalité, l'arbitraire, et la part de violence de tout absolu posé par un acte de foi, fassent la loi. Or c'est la laïcité en séparant l'espace institutionnel de la puissance publique et le domaine des croyances religieuses qui rend possible un espace politique où les citoyens se rassemblent pour décider des lois au terme d'un débat raisonné. Elle est par conséquent la condition de possibilité d 'un régime politique démocratique et républicain.Démocratique parce que le domaine proprement politique, enfin libéré de la soumission à une transcendance quelle qu'en puisse être la forme et le contenu, permet à des hommes égaux d'exercer leur liberté comprise comme une authentique capacité créatrice de lois et d'institutions. Républicain parce que cet espace politique est commun tous, véritable chose publique. Et c'est bien cette abstention sur le plan des croyances religieuses dans l'espace de la puissance publique qui est la condition de l'ouverture de l'espace public, pris au sens de la place publique, et même de la rue, à la libre expression de toutes les religions et même de la non religion à la seule condition de respecter le droit commun. Par conséquent la laïcité ne consiste pas à reléguer les religions dans l'espace privé, celui de ma maison, tout au contraire elle garantit la liberté d'expression des religions dans l'espace public. Vouloir interdire aux religions l'espace publique, ce que les grecs appelaient l'agora, est la seconde dérive du sens de la laïcité qui caractérise l'usage que l'extrême droite fait de la thématique de la laïcité. C'est un contresens inverse mais jumeau que celui qui consiste à vouloir ouvrir aux religions l'espace de la puissance publique.

3. Jean-Luc Lupoda 06/12/2017

Conférence très intéressante sur le principe de la reconnaissance de la liberté de conscience comme étant "un fait" et de l'affinité entre les principes de démocratie et de laïcité (à la française, c'est à dire loi de 1905).

Le conférencier a fait plusieurs fois allusion au fait que la laïcité serait mise en question et/ou ferait l'objet de débats politiques ce qui rendait nécessaire, selon lui, de revenir aux principes.

Mais les principes tels qu'il les a exposés me semblent largement partagés par ceux-là même qui s'affrontent sur la laïcité, par exemple, Pleynel et Valls, Caroline Fourest et Jean Bauberot, Catherine Kingtzler et Jean-Louis Bianco, etc.

Est-ce à dire qu'en cette matière, la philosophie ne peut finalement pas grand chose en regard des arguments historiques, sociologiques, juridiques, politiques... ?

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