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Crise de la représentativité

Hobbes, Rousseau, Kant:

repenser la crise de la représentativité

Naïs Sabatier

Thomas hobbes portrait

Il est un lieu commun de la pensée actuelle qui consiste à affirmer que les démocraties modernes sont traversées par une « crise de la représentativité ». Cette crise exprimerait un hiatus, toujours recommencé, entre le représentant et le représenté, c’est-à-dire entre les citoyens et leurs dirigeants. C’est dans ce décalage (dont les causes sont nombreuses : impunité parlementaire, manque de contrôle démocratique, technocratisation des institutions, etc.) que se jouerait le dysfonctionnement politique : l’adéquate représentation du peuple étant impossible dans nos régimes gouvernementaux, on ne peut passer par des systèmes représentatifs pour garantir la justice de nos lois et de notre constitution. Mais ce lieu commun comporte une série de présupposés que notre intervention entend analyser : qu’y-a-t-il à représenter avant toute représentation politique ? Le « peuple » n’est-il pas déjà une idée (et donc, une représentation) ? Quels sont les prérequis individuels pour garantir l’unité de cette représentation ?
Notre analyse sera guidée par trois auteurs : Rousseau, qui permet de mieux comprendre la critique adressée au régime représentatif d’un point de vue structurel (la représentation politique serait structurellement une méprise) ; Hobbes d’autre part, qui permet de repenser la crise de la représentation sous un angle négatif puisque le passage à l’état civil est pour lui le moment où le peuple peut se représenter lui-même comme un peuple. Et Kant enfin, qui permet d’élever la question de la « représentation du peuple » à un niveau qui n’est plus politique mais épistémologique, puisqu’il permettra de poser la question : le peuple a-t-il la capacité de se penser comme une totalité unifiée ?