Ce que le philosophe Jean-Marie Schaeffer appelle la «Théorie Spéculative de l’Art» a établi entre le XVe et le début du XXe siècle un étroit nouage entre l’expérience esthétique et l’œuvre d’art. Le seul but de l’œuvre d’art (sa finalité sans fin) étant de générer une expérience esthétique chez celui qui la contemple et réciproquement toute contemplation d’une œuvre d’art voudrait accéder de manière intentionnelle à la plénitude spirituelle d’une expérience esthétique.
Ainsi, les expériences qui ne seraient pas explicitement liées à une œuvre d’art seraient soit fortuites, soit incomplètes ou accidentelles, voire illusoires. Le but de cette intervention est de s’interroger sur la possibilité de vivre une expérience esthétique intense devant des réalisations qui précisément ne peuvent pas prétendre au statut d’œuvre d’art ou, plus radicalement, qui refusent de le faire. En d’autre terme sans prétendre nier la valeur ou l’importance de l’art, il s’agira d’esquisser la possibilité de dénouer les fils qui relient l’art et l’expérience esthétique. Derrière ce problème que, par la force des choses nous ne ferons qu’effleurer, s’embusque la question cruciale de «la mort de l’art» qui de Hegel à Adorno a contaminé l’Esthétique.
Christian Béthune
Chercheur associé à l' ECLLA